Allaphbed. Vol. 1. La beauté du contresens et autres essais sur la littérature japonaise

J'ai toujours pensé que si je devais un jour réunir en
un volume - particulièrement hasardeux en raison
de mon ignorance - les différentes études que j'ai
consacrées à la littérature japonaise, je donnerais à
ce livre un titre inspiré de Marcel Proust : La Beauté
du contresens. Et j'y ferais figurer en épigraphe cette
très célèbre citation tirée de son Contre Sainte-Beuve
et dans laquelle le futur auteur de À la
recherche du temps perdu déclare : «Les beaux livres
sont écrits dans une sorte de langue étrangère. Sous
chaque mot chacun de nous met son sens ou du
moins son image qui est souvent un contresens. Mais
dans les beaux livres, tous les contresens qu'on fait
sont beaux.»
Lisant quelques-uns des beaux livres dont la littérature
japonaise est faite, j'ai eu le sentiment qu'ils
étaient écrits dans la plus étrangère des langues mais
que leur étrangeté même, en un tour paradoxal,
devenait la condition d'une troublante proximité car
sous chacun des mots que j'ignorais, la liberté
m'était miraculeusement rendue de glisser la signification
fautive, l'image erronée d'où naissait la
chance d'une beauté nouvelle.
Avec La Beauté du contresens, premier volume d'une
série d'essais nouveaux, le romancier et critique
Philippe Forest rassemble les textes qu'il a consacrés
depuis une dizaine d'années à la littérature japonaise,
évoquant certains des grands noms du roman
japonais contemporain (Kenzaburô Ôé, Yukio
Mishima, Dazaï Ozamu mais aussi Tsushima Yukô,
Kenji Nakagami), proposant une réflexion sur les
formes de l'écriture autobiographique et de la création
littéraire en Orient et en Occident.