La terre qui vit : peinture et savoirs chez Carl Gustav Carus (1789-1869)

Ami de C.D. Friedrich et d'A.V. Humboldt, Carl Gustav Carus
(1789-1869), peintre, médecin, savant naturaliste et naturphilosoph ,
fut au carrefour de ce qu'on allait appeler peu après
les "sciences de l'esprit" et les "sciences de la nature". Il enseigna
et pratiqua à Dresde. Ses nombreuses qualités forcèrent
l'admiration de Goethe qui devait l'influencer fortement, tant
dans la conduite de sa vie que du point de vue de la méthode
(morpho-génétique). On peut tenter de ramener cette multiplicité
d'aptitudes à l'activité d'un esprit un configurant le réel, picturalement
et conceptuellement, principe dont l'intérêt porté à la
nature considérée comme un pur agent constitue le dénominateur
commun.
Outre qu'elle envisage les places respectives de l'art et de
la science quant à leur valeur cognitive, cette première étude
d'ensemble en France traite le paysage comme un problème
pour lequel le néologisme proposé dans les fameuses Neuf
Lettres sur la peinture de paysage (1831), Erdlebenbild (représentation
de la vie de la Terre), est une solution restant problé-matique,
vu les implications vitalistes contenues dans certaines
disciplines - telles la théologie, la "géognosie", la psychologie
ou la physiognomonie - mises à contribution pour étayer la nouvelle
théorie. Recourant à la technique des détours éclairants,
l'auteur est alors amené à situer le projet carusien dans la continuité
des Lumières et de son intérêt pour le vivant, mais aussi en
régression par rapport à elles, puisqu'il s'agit de redonner à
cette `théologie naturelle' un statut dogmatique et non plus de la
limiter, comme le voulait Kant, à une fonction heuristique.