Philosophie, n° 89. Causalité

Philosophie, n° 89. Causalité

Philosophie, n° 89. Causalité
Éditeur: Minuit
200695 pagesISBN 9782707319531
Format: BrochéLangue : Français

Le concept de causalité continue de faire l'objet d'un débat riche et

controversé.

Dans l'article dont nous publions une traduction remaniée, Russell

donne, en 1912, de nouveaux arguments puissants en faveur de la thèse

selon laquelle la causalité n'a pas sa place dans une conception du monde

qui se veut respectueuse de la science : il faut l'abandonner au profit des

lois de la nature.

À de nombreux penseurs du XX<sup>e</sup> siècle, le remède de Russell a semblé

pire que le mal qu'il était censé soigner, à savoir la confusion engendrée

par le concept de causalité. Ils se sont donc employés à justifier son bien-fondé,

en en proposant une analyse compatible avec la pratique de l'explication

dans les sciences. Selon une première approche, la relation causale

est ce qui fait l'objet d'une explication scientifique.

Les articles de Keil, Schaffer et Kistler présentent au lecteur francophone

la richesse d'un débat qui, pour l'essentiel, est mené en langue

anglaise. Le modèle de la réduction de la causalité à l'explication s'est avéré

inadéquat, dans la mesure où il a des conséquences incompatibles avec

notre intuition.

Les propositions alternatives d'analyse ne manquent pas. Pour les

uns, la causalité peut être ramenée à une «dépendance contrefactuelle» :

si la cause n'avait pas existé, l'effet n'aurait pas existé non plus. Pour

d'autres, la causalité se réduit à une augmentation de probabilité : l'effet est

plus probable lorsque la cause est présente que lorsqu'elle est absente.

Pour d'autres encore, la causalité est essentiellement liée à l'action, de telle

sorte que son noyau est la relation d'un moyen à une fin. Finalement, certains

analysent la causalité en termes d'un mécanisme par lequel la cause

transmet quelque chose, notamment de l'énergie, à l'effet.

Keil défend une version de l'analyse contrefactuelle, tout en expliquant

que seule notre capacité d'agir nous permet d'évaluer les conditionnels

contrefactuels pertinents.

Après avoir examiné à la fois les vertus explicatives et les difficultés

rencontrées par les différentes analyses, Schaffer conclut par une aporie :

aucune théorie ne s'accorde avec l'ensemble de nos jugements causaux

intuitifs.

Kistler propose une analyse du concept de causalité à deux composantes,

l'une correspondant à l'aspect mécanique de transmission, l'autre à

la dépendance en vertu de lois de la nature. Il montre que, à condition de

réviser certains de nos jugements intuitifs notamment dans le cas de la causalité

«négative», on peut rendre justice à la grande majorité des jugements

causaux.

À partir d'une reconstruction de l'histoire de la réflexion sur la causalité

- notamment chez Hume, Kant et Cassirer -, Laudisa montre que les

empiristes logiques Schlick, Reichenbach et Carnap partagent avec les néokantiens

l'idée que la construction des théories scientifiques nécessite le

recours à des principes non empiriques.

M. K.

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