Mouvement social (Le), n° 234. Réformismes espagnols

Ce numéro varié est organisé autour de trois
thématiques.
Trois historiens espagnols étudient un versant
peu connu de la société et de la politique
en Espagne : l'ancrage du réformisme. Ils l'inscrivent dans le contexte
européen. Dans son éditorial, Jorge Uria dresse le tableau des transferts
culturels et politiques entre l'Espagne et la France au long du XIX<sup>e</sup>
siècle. Florencia Peyrou souligne l'ampleur méconnue des échos des
révolutions de 1848 dans la péninsule Ibérique, à travers les relations
entre mouvement libéral et courants radicaux. Jorge Muñiz-Sanchez
se penche sur l'implantation durable d'un syndicalisme gestionnaire
chez les mineurs de charbon des Asturies au début du XX<sup>e</sup> siècle, en
soulignant ses sources étrangères, notamment françaises.
Un second ensemble d'articles se penchent sur les formes et les
significations changeantes de la solidarité. Anastasassios Anastassiadis
décrypte les pratiques de bienfaisance au sein de la diaspora grecque à
partir du XVIII<sup>e</sup> siècle. Prises en charge en Grèce même par un discours
religieux puis nationaliste, elles légitiment peu à peu l'idée d'un État-Providence,
en même temps qu'en histoire elles sont appliquées à la
lecture de l'Antiquité. Martha Gilson montre comment les oeuvres
caritatives protestantes françaises nées au XIX<sup>e</sup> siècle se transforment
au cours du XX<sup>e</sup> siècle en associations militantes professionnalisées
et pluralistes. Marie-Bénédicte Vincent analyse l'engagement de
l'association Peuple et Culture dans la zone d'occupation française
en Allemagne à partir de 1945, et s'intéresse aux transformations des
modes d'éducation populaire en terrain étranger puis à leurs effets en
retour sur la France, ainsi qu'aux échanges entre les deux pays dans les
années 1960.
L'article de Thomas Le Roux, enfin, pose la question des changements
du regard français sur l'usure au travail, thème que Le Mouvement
Social avait mis au premier plan dans un célèbre numéro spécial. Il
souligne la façon dont divers médecins parisiens ouvrent le débat sur
les maladies des artisans, puis dont, au contraire et en deux temps, le
discours hygiéniste, à partir de la Révolution, a escamoté la question
de la souffrance des corps ouvriers au profit d'un accompagnement de
l'industrialisation.