Procès du soldat

«... Or, à quelque chose près, violer, torturer sur un champ de bataille
étaient selon lui parties intégrantes des stratégies de guerre, stratégies au
coeur de la violence, tout comme brûler vif, décapiter, guillotiner, fusiller à
bout portant, etc. "La guerre, disait-il, est le point où culminent l'hostilité,
l'épouvante, les revers et les abominations ; bref, tout le contraire du bon
sens". Il insistait qu'il avait fait la guerre parce qu'il était soldat et qu'il
avait commis des crimes parce qu'il avait fait la guerre. "J'avais l'arme, la
force qui me donnait la liberté non seulement de me défendre, mais aussi
d'attaquer, d'agir autant que je pouvais, pour ma propre survie et pour le
succès et la victoire de ma troupe ; de quoi m'accuse-t-on ?" Quand il s'était
écrié que les capacités de défense procuraient autant de protection que de
dégâts, personne n'avait paru comprendre. "Ce qu'on nous apprend,
expliquaient Nkor et Sodio, c'est détruire l'ennemi, du moins le repousser
à l'extrême ou le neutraliser ; d'occuper un terrain aussi large que possible,
et très vite. Qui peut faire tout ça sans pouvoir commettre d'atrocités ?
Vous risquez de vous faire éliminer trop tôt, si vous portez Jésus dans le
coeur sur le champ de combat. Vos lois et vos condamnations ne
s'appliquent qu'aux événements qui se sont déjà passés. Et pour les
prévenir, par où passe la justice ? On ne la voit toujours qu'après le
naufrage ou l'incendie."»