Adorno et l'Antiquité : d'Ulysse à Médée

La question posée dans ce livre est : peut-on sauver Médée ? Et peut-on le faire grâce
à la lecture du livre de Horkheimer et Adorno, La dialectique de la Raison ?
Dans la tragédie grecque, Médée, que son mari Jason venait de répudier pour
épouser la fille du roi, a tué ses enfants, et détruit le palais de Corinthe.
Dans l'histoire de la philosophie, Adorno consacre à L'Odyssée un chapitre de
La dialectique de la Raison , et présente Ulysse comme un farouche militant des
progrès de la raison, «sacrifié pour l'abolition du sacrifice». Dialectique des
Lumières...
En suivant son exemple critique, on peut imaginer Médée comme la face noire
d'Ulysse. Elle, la savante, l'étrangère, l'amoureuse devenue folle de désespoir,
elle, l'exilée dont les Grecs craignent et méprisent les pouvoirs, sera l'aboutissement
tragique de ces idéaux d'émancipation que L'Odyssée inaugure. À quel prix,
demandent Adorno et Horkheimer, se mesurent la maîtrise de la nature, sa conquête
dans des buts de puissance, la volonté de destruction des mythes et de l'enfance ?
Et peut-on se passer de payer ce prix ?
Adorno, les Lumières, Ulysse, Médée... Constellation de quelques poètes de la
raison tragique. Un carré magique qui pourrait éclairer nos propres ténèbres.