Poésie et musique à la Renaissance

À l'heure où un volume croissant de sources et
d'instruments de recherche renouvelle notre connaissance
de la culture poético-musicale de la Renaissance, les
savoirs littéraires et musicologiques ont tout intérêt à
croiser leurs regards sur un objet commun, la poésie
chantée. C'est ici dans la plus grande diversité de leurs
aspects et de leurs manifestations que les relations
entre poésie et musique sont examinées, dans le cas de
la France, sur l'ensemble d'un siècle brillant et inventif.
Comment ces objets particuliers, le livre de poésie à
chanter, le recueil de chansons, de chansons musicales
ou de cantiques, portent-ils, à partir de Marot et
parallèlement à la diffusion manuscrite, une ambition
sonore nouvelle au début de l'époque moderne, et quel
rôle cette part sonore peut-elle jouer dans les évolutions
successives des premières poétiques modernes ? Comment
l'immense et polymorphe chantier de la langue française
du XVI<sup>e</sup> siècle, dont se saisissent grammairiens, typographes
et poètes, travaille-t-il les aspects les plus mécanisables des
deux langages pour tenter de les faire coïncider, «à plus
haut sens», et au bénéfice de quels idéaux ? Comment
ces plongées dans la matière sonore, qui absorbaient
autant Du Bellay, Louise Labé, Ronsard ou Baïf, que Le
Jeune, Goudimel, Janequin ou Muret, inspirent-elles
d'abord, dans les années 1550, puis contribuent-elles
ensuite aux ambitions harmoniques de la politique de
Charles IX (création de l'Académie de musique et de
poésie en 1570) ? Musiciens et poètes, sans toujours la
formaliser de manière aussi volontariste que dans le
cas des vers mesurés, mettent en oeuvre une véritable
approche commune du sonore poétique.