Free jazz, la catastrophe féconde : une histoire du monde éclaté du jazz en France (1960-1982)

Free jazz ! Pour certains, ce cri fut l'épitaphe qui signait la
mort du jazz ; de l'autre côté de la barricade, il était son Grand
Soir, la bande-son de mai 68. Mais le véritable héritage du
manifeste d'Ornette Coleman se trouvait ailleurs : message
libertaire, il fut un appel à l'autodétermination esthétique, à la
libération des discours stéréotypés qui encombraient ses
significations, à l'émancipation des contraintes économiques qui
damnaient l'éthique et dévoyaient l'expression individuelle.
Les musiciens français ouvrent alors le monde du jazz au
foisonnement de cultures des années 60 et 70. Ils se découvrent
de nouvelles racines, au loin dans les musiques d'autres
continents, ou tout près dans les folklores régionaux et
«imaginaires». Ils altèrent les sons dans l'alchimie du
psychédélisme ou de la musique concrète, contaminent les corps
dans la transe des happenings et de la modern dance, ou
embrassent l'emphase utopique de la chanson, de la poésie et du
cinéma militants. Cambrioleurs ludiques et bricoleurs
omnivores, ces créateurs parasites et prodigues n'ont-ils pas
finalement adopté une attitude fidèle à l'esprit du «jazz» ? N'en
déplaise à Jean Cocteau, la «catastrophe» ne fut jamais
définitivement «apprivoisée» !
Cet ouvrage propose des pistes nouvelles pour comprendre
l'histoire culturelle des «sixties» et des «seventies», offrant à
travers le prisme du monde éclaté du jazz l'esquisse d'une
analyse des circulations esthétiques et idéologiques qui en
rythmèrent le paysage contre-culturel.