Deux siècles de rite écossais ancien accepté en France : 1804-2004

Le siècle avait quatre ans et Bonaparte laissait place à Napoléon lorsque
naquit à Paris, porté par des «Américains», ces Français revenus d'outre-Atlantique,
un rite maçonnique en trente-trois grades. Proclamé à Charleston
en 1801, il ne s'appelait pas encore Rite Écossais Ancien (et) Accepté. Grâce
à l'action d'Alexandre de Grasse-Tilly et de Germain Hacquet, le «Suprême
Conseil du 33<sup>e</sup> degré en France» ouvrait ses travaux.
En 1815, la majorité des membres de ce premier Suprême Conseil rallie
le Grand Orient de France et y organise le Rite Écossais Ancien Accepté.
Puis en 1826, il prend le nom de Grand Collège des Rites pour administrer
pendant près de 200 ans les hauts grades de l'Écossisme au sein du «centre
commun de la Maçonnerie française». Au fil des décennies, diverses
modifications statutaires, notamment celles de 1885, 1924, 1946 et 1948,
conduisent à l'émergence du Grand Collège des Rites, juridiction écossaise
autonome, mais fraternellement liée au Grand Orient de France. Cette
liberté, autant que l'originalité de la démarche intime des Maçons qui y
adhèrent, expliquent probablement son essor, puisque aujourd'hui le
Suprême Conseil, Grand Collège du Rite Écossais Ancien Accepté du
G O D F, s'est affirmé comme la première «puissance» continentale
maçonnique écossaise de hauts grades d'Europe. À ce titre il constitue
aussi un puissant atout de rayonnement international.
En effet, en un siècle, le Rite Écossais Ancien Accepté est devenu le
système de hauts grades le plus pratiqué à l'échelle de la planète. Dans le
monde entier comme en France, il connaît des évolutions, des adaptations
et des mutations facilitées par une qualité intrinsèque, sa plasticité liée à sa
«genèse» dans l'esprit «encyclopédique» du XVIII<sup>e</sup> siècle et une capacité
à s'ouvrir à des courants philosophiques, intellectuels et spirituels divers,
voire apparemment opposés. Et cependant il s'avère être un facteur de
dialogue sans égal.
Est-il aujourd'hui le mode maçonnique le plus apte à appréhender la
modernité ? Se présente-t-il comme une herméneutique ? Est-il d'abord un
«donneur» de sens ? Ces deux siècles ont montré les fortes potentialités
philosophiques, initiatiques et spirituelles d'un Rite qui est l'un des joyaux
les plus flamboyants et contemporains du patrimoine maçonnique. C'est
pourquoi, il a semblé normal que le Conseil de l'Ordre du Grand Orient de
France et le Suprême Conseil fassent de 2004, bicentenaire de la fondation
du Suprême Conseil, l'année du Rite Écossais Ancien Accepté en s'inscrivant
dans le prolongement de ce que les obédiences de la Maçonnerie française
avaient initié ensemble en célébrant le 275<sup>e</sup> anniversaire de l'Ordre en France.