Du côté des proverbes comoriens

Doté d'une concision assez particulière, le proverbe est plus qu'un
instrument de communication. L'accès à la parole demeure le centre
d'intérêt vers lequel se convergent les convoitises. Les luttes de
position ne nécessitent pas uniquement l'accumulation d'un capital
économique, mais la détention d'un capital linguistique. Avec la
parole articulée sur le mode des proverbes, on peut épingler ou
séduire ses auditeurs les plus imperceptibles, comme on peut percer
les mystères du pouvoir.
Le proverbe est une arme destinée aux luttes de classes où se forgent
l'honneur de soi et l'image de tout un groupe. Mais son usage côtoie
toutes les pratiques quotidiennes. Il apparaît comme outil de
déchiffrage des codes sociaux. Il jouit dans le pouvoir coutumier
comorien d'une fonction magique importante. Il nous fait voyager à
travers les méandres sociaux, la sagesse populaire, la légende, la
croyance, l'éducation, l'amour et l'organisation sociale. C'est dans
ce sens que Mohamed Bachirou décide d'explorer ce royaume de
l'expression orale qu'est le proverbe afin de mettre à l'écrit ce qui est
du domaine de l'oralité, un pari donc destiné à conserver l'un des
fondements de la civilisation littéraire africaine.