Mémoires pour servir à l'histoire de la Révolution française. Vol. 1. Avril-octobre 1789

"Il y avait déjà quelques jours que les assemblées
bailliagères étaient convoquées ; j'étais à ma
terre de Marsay ; plusieurs gentilshommes de
mon voisinage vinrent chez moi, et m'engagèrent
à me rendre à l'assemblée bailliagère de Saumur.
Il était convenable, me dirent-ils, que dans une
occasion si éclatante, la noblesse de notre petit
canton se réunît à la noblesse du royaume.
Quoique la convocation des États généraux eût
réveillé une foule d'idées et de sentiments qui
tenaient à mes lectures et à mon genre de ma vie,
je n'avais rien arrêté à cet égard dans ma volonté.
On était si las de la cour et des ministres, que la
plupart des nobles étaient, ce qu'on a appelé
depuis, démocrates : dénomination toutefois qui
n'est pas exacte ; car ils ne voulaient pas remettre
le gouvernement entre les mains du peuple ; ils
voulaient seulement le retirer de l'oligarchie
ministérielle, entre les mains de laquelle il était
concentré.