Anna de Noailles : entre prose et poésie

Anna de Noailles (1876-1933) a été la poétesse la plus adulée de son temps.
Entre 1903 et 1905, elle s'essaye à la prose et écrit trois romans : La Nouvelle
Espérance, Le Visage émerveillé, La Domination , qui ne constituent qu'une
petite partie de sa production. Néanmoins, ils forment une véritable trilogie
sentimentale. Plus tard, le recueil de récits Les Innocentes ou la Sagesse des
femmes en constituera le point d'orgue, un art d'aimer dédié aux amants.
Ces écrits se caractérisent par leur originalité, qui repose sur la mise en forme
progressive d'une esthétique et d'une philosophie de l'amour. Construits sur
une trame simple, toute leur richesse se déploie dans la minutie et la justesse
des analyses, la puissance suggestive des émotions et des sensations
retranscrites par des images inédites.
Diverses questions sous-tendent cet ouvrage : pourquoi le poète se fait-il
romancier ? Ces titres n'auraient-ils constitué qu'un passage ayant permis à
l'auteur de prendre conscience de ses difficultés à s'accomplir dans ce genre ?
Ou encore, pourquoi tenter cette aventure dans cette période compliquée, qui
voit la remise en cause du roman ? Pourtant, si les oeuvres fictives d'Anna de
Noailles méritent aujourd'hui un regard neuf, c'est parce qu'elles participent
de l'émergence de nouvelles formes narratives. La romancière devient alors
une fine observatrice de la révolution culturelle qui s'amorce. De ce fait,
contrairement à ce que l'on a longtemps cru, Anna de Noailles n'est pas une
néo-romantique égarée dans ce 20<sup>e</sup> siècle, mais bien une écrivain clairvoyante
et ancrée dans son époque. De plus, aujourd'hui, avec plus d'un siècle de
recul, il nous est loisible de reconsidérer cette oeuvre plurielle et hétérogène qui
acquiert une force et une portée incontestables, envisagée dans sa globalité.