Les noblesses du nom : essai d'anthroponymie ottomane

Les noblesses du nom : essai d'anthroponymie ottomane

Les noblesses du nom : essai d'anthroponymie ottomane
Éditeur: Brepols
2013399 pagesISBN 9782503550275
Format: BrochéLangue : Français

«Les Turcs ont coutume de donner aux gens un nom qui illustre un de leurs

défauts ou de leurs vertus, car ils ne disposent que de quatre noms propres,

réservés aux descendants de la famille ottomane». Ainsi Don Quichotte

condense-t-il en peu de mots un lieu commun répandu : celui d'un Orient sans

noms, celui d'un Empire sans noblesse. Don Quichotte est fou, mais il y a toujours

une part de vérité dans ce qu'il dit. Les Ottomans changeaient de nom comme de

chemise. Les surnoms - souvent les plus disgracieux - étaient à la source de bien

des désignations. On ne trouvait pas une rue sans un Mehmed, pas un café sans

un Ahmed. Le titre plus que la désignation comptait dans les usages sociaux

comme dans les bureaux de l'État. L'administration déformait sans vergogne

les noms des juifs et des chrétiens. Le sultan écorchait les désignations de souverains

qu'il tutoyait. L'onomastique n'obéissait à aucune règle stricte. Elle n'accordait

presque aucune place au nom de famille. Les Ottomans ne portaient ni armes

ni blasons. Ils ne reconnaissent aucune aristocratie hors de la lignée d'Osman.

Autant de réalités admises par des voyageurs orientalistes, des idéologues kémalistes

ou des historiens de l'Empire ottoman. En un mot : l'égalité des conditions

l'emportait sur la reconnaissance de noblesses, et il était plus important de gagner

un titre que de se faire un nom.

La lecture des sources révèle néanmoins un monde de noms plus riche et

plus complexe. Don Quichotte est fou, mais s'il a beaucoup voyagé, il n'a jamais

parcouru l'Empire. En réalité, les Ottomans se servaient de leurs noms de personne

pour s'identifier et se distinguer, faire valoir leurs droits et transmettre leurs

biens. À partir des nomenclatures turques, arabes et persanes, ils inventèrent

leurs propres modes de désignation. Ils en nourrirent leurs lettres et leurs arts.

Par les noms, ils dominèrent leurs sujets non musulmans, valorisèrent les héros

et les saints, reconnurent des lignées pré-ottomanes et constituèrent de nouvelles

noblesses. Le nom de famille tel que nous l'entendons était certes le grand absent

de l'anthroponymie ottomane. Mais des noms de famille existaient, au-delà

des seuls patronymes : noms d'ancêtres, de collatéraux et de femmes. Il est vrai,

la Turquie kémaliste imposa une procédure radicalement nouvelle : tout citoyen

devait porter un nom de famille. Mais ces noms, pour une partie d'entre eux,

existaient déjà. Ils étaient inscrits dans les registres d'État. Ils figuraient dans

les généalogies, sur les stèles funéraires. Au sein de franges sociales que le sultan

ne reconnaissait toujours pas comme noblesses d'Empire, perçait l'imaginaire

d'une noblesse des noms.

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