Mémoires : entre deux mondes

Mémoires : entre deux mondes

Mémoires : entre deux mondes
Éditeur: Ressouvenances
2010297 pagesISBN 9782845051096
Format: BrochéLangue : Français

Le peintre et sculpteur Marek Szwarc

(1892-1958) passa son enfance et son

adolescence dans sa petite ville natale de

Pologne, Zgierz, dans sa communauté

juive. Il s'en fut à Paris à la fin de son

adolescence suivre une formation académique

et celle-ci lui laissa les doutes qui

l'habitaient sur sa vocation et ses capacités

d'artistes. «Enfance et jeunesse de

l'artiste», tel aurait pu être le titre de ce

livre. Fils d'un éminent bibliophile et

exégète, l'auteur fut nourri des traditions

bibliques et sémitiques de sa communauté.

Il en évoque la vie et les épreuves,

les convictions et les crédulités, les rituels

et les moeurs, avec une tendresse

non dénuée parfois d'une ironie qu'il

suggère au plus haut point à son propre

égard. Rêveur attaché aux légendes extraordinaires,

poétiques ou ludiques, il

se sent impropre à quelque exactitude, à

l'efficacité courante, à une fonction définie.

Mais son écriture est toute d'un dessinateur,

les touches quasi graphiques

(les couleurs, les traits, les mimiques)

suggèrent et suscitent êtres et relations,

naïvetés, l'allant d'une vie communautaire

dans un univers très sombre aux

souvenirs tus, qu'un rien réveille : l'effroi

que le moindre saignement de nez provoque

chez le maître d'école, les ruses de

la feinte passivité, l'attention à ne rien

conserver que l'on ne pût emporter en

exil... Et ce thème de l'exil est omniprésent

: beaucoup sont partis, il faut quitter

pour apprendre, apprendre c'est se détacher

de l'enfance des mythes à jamais

présents au coeur, l'exil s'éprouve aussi à

propos des traditions religieuses et intellectuelles,

pour l'héritier d'une culture,

d'une société, et qui reste déchiré car il

participe de ce qu'il perd, de ce dont il

doute, qui gouvernera son oeuvre plus

tard, qui sombrera bientôt de la plus

horrible manière - l'un de ses propos

est de restituer ce passé, après la Seconde

Guerre mondiale. Et il est exilé

encore par rapport à l'art : il n'a pas le talent,

n'observe pas les conventions et les

poncifs qu'il ne comprend point, il se dérobe

aux encouragements, il dénie la reconnaissance.

C'est cette inquiétude de

l'être se jugeant non artiste, indigne, qui

fait l'artiste, et l'exil, et la transmission,

comme si la passion de perpétuer reçue

de sa famille se poursuivait dans l'illusion

d'en être exclu. Puis ce sont «les années

de formation», autre titre possible,

à Varsovie puis à Paris, à l'Académie

dont il fut le souffre-douleur (allez savoir

pourquoi...), puis à La Ruche, cette

communauté d'artistes pauvres, pour

beaucoup originaires d'Europe centrale,

qui recréera ainsi la famille des errants

créateurs.

Ces Mémoires procèdent par courtes

séquences, apparemment objectives, à

la façon de brefs contes ou apologues,

interrogeant mythes et convictions à travers

les souvenirs devenus métaphoriques

des événements narrés, évoquant

presque sans le dire les conditions de vie

et les expériences intellectuelles et artistiques

d'une époque entre deux mondes

- et, ainsi, la modeste exemplarité d'une

expérience solidaire.

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