Le recours en carence en droit de l'Union européenne

Le recours en carence permet à un Etat membre, une institution, organe ou organisme de
l'Union européenne et aux personnes physiques et morales de saisir la Cour de justice de
l'Union européenne si une institution, un organe ou un organisme s'est abstenu d'agir en
violation des traités. Mécanisme d'une extraordinaire modernité en tant qu'il appréhende
un comportement et non un acte et parce qu'il fait partie de l'arsenal juridictionnel
d'une organisation internationale, il était pourtant plongé dans un relatif anonymat,
entre le désintérêt des requérants et le dédain doctrinal. Ses contrastes induisent une
interrogation légitime sur son efficacité, notamment lorsque cette voie de droit est
confrontée à ses équivalents nationaux, à savoir les droits administratifs français (recours
contre une décision implicite de rejet) et allemand (die Untätigkeitsklage).
En combinant une analyse de son architecture à une comparaison avec ses homologues
nationaux, il apparaît clairement que la spécificité de cette voie de droit s'épanouit de
façon distincte mais complémentaire dans l'économie de ce recours mais aussi dans ses
fonctions. Ce n'est qu'à l'aune de ces deux critères que peut être analysée et comprise
l'efficacité de la sanction de l'abstention illégale des institutions de l'Union européenne.
L'examen de ce mécanisme contentieux révèle des spécificités directement en relation
avec la double particularité de l'objet du recours : un comportement et une pure omission.
Largement autonome au sein de la systématique des voies de droit de l'Union européenne,
il constitue le seul moyen de sanctionner l'inaction administrative. Ses fonctions
constitutionnelles et administratives reflètent également sa spécificité. Il permet un
contrôle complet de la légalité et organise la lutte contre l'inertie administrative.