Les sept chants de la Madeleine

Nada Héleiwa, dont c'est le premier livre publié, pratique avec
rigueur le fin broyage du fond et de la forme. Elle ne cherche pas à
nous entraîner dans une aventure préméditée, mais à nous fondre
dans ce destin qu'elle met en vie. Sa Madeleine est une femme, une
femme et un homme aussi comme caractère insécable de la
condition humaine. Elle est le divin à la manière de la mythologie
grecque où les dieux et les hommes sont les créateurs de l'histoire,
de ses pièges. Ici, le lecteur peut infiltrer son propre chant à ceux de
la Madeleine.
Doucement, tout se ment dans l'assaut de lumière.
Ces textes marquent l'éveil progressif d'une conscience
nouvelle qui ne sera ni mystique, ni charnelle, qui frôle les courbes
vertigineuses du possible. Il y a un lointain écho de Saint-John Perse
par l'émerveillement et souvent par la rareté du mot, avec,
cependant, des sentiers inespérés qui ralentissent le souffle, le
concentre.
... Car hormis Dieu auquel l'on veut bien croire, hormis elle-même,
qui d'autre, quelle désertitude ...
... Et le diable mon amour décidé sur mes jours, s'avance du
moment ébloui ...
Dans ces poèmes surprenants, on pourrait croire en un
cheminement dialectique entre séduction et élévation, mais il n'en
est rien : tout choix est de douleur et de plaisir, tout choix n'existe
que par la force de l'instant, ou la portée du chant. Il ne s'agit que
très peu de croire ou ne pas croire, mais de vivre aux limites mêmes
des stances du corps.
... La nudité munie de tours unit la matière meurtrie ...
Michel Cassir