De la Méditerranée vers l'Atlantique : aspects des relations entre la Méditerranée et la Gaule centrale et occidentale (VIIIe-IIe siècle av. J.-C.)

Les premières céramiques de type grec sont attestées
sur le littoral gaulois méditerranéen une génération
avant la fondation de Massalia par les Phocéens.
Le commerce du vin commence à jouer dès le
VI<sup>e</sup> siècle un rôle déterminant dans les échanges
qui utilisent ces grands axes que sont le Rhône,
la Saône, la Seine et le Rhin. Dans ce contexte,
le Centre et l'Ouest de la France semblent, au
premier âge du Fer, à l'écart de ce phénomène économique
et culturel aux implications sociales et
politiques déterminantes. Les premières pentes
du Massif central forment apparemment un
obstacle à la diffusion des produits méditerranéens
et, si les vases de banquet et les
amphores sont nombreux sur la colline fluviale
de Bourges (Avaricum), la voie ligérienne
semble se tarir au-delà puisque nous n'avons plus attestation
de céramiques de type grec vers l'ouest. Cet
apparent isolement a fondé le concept d'une vaste aire
géographique réceptive aux stimuli de la Gaule orientale
et de l'Europe centrale mais incapable de participer
aux processus d'évolution de styles laténiens en
plein essor.
Ce concept est actuellement remis en cause. Depuis
ces dernières années, l'intense activité archéologique
et les essais de synthèses historiques nous permettent
de visualiser des axes d'échanges assurément plus
modestes que celui du Rhône mais aussi actifs sur le
long temps. Le littoral atlantique livre désormais, jusqu'à
Ouessant, des fragments de céramiques grecques
ainsi que du métal étrusque et des perles de verre
ou de faïence tandis que, dans le Massif central, des
fragments d'amphores, des tessons de vases attiques
sont exhumés, attestant de l'existence d'axes de communication
naturels archéologiquement peu visibles
comme les chemins de crête qui traversent le sud du
Massif central. Notre vision des relations entre la
Méditerranée et la Gaule du centre et de l'ouest se doit
d'évoluer en fonction de ces données archéologiques qui sont
le fruit de récentes fouilles mais aussi de la réinterprétation
de découvertes anciennes.
Enfin, il est maintenant évident que le seul
témoignage des importations méditerranéennes
ne nous permet pas de juger objectivement
du dynamisme et de l'évolution culturelle
des sociétés protohistoriques. Ainsi,
certaines stèles ornées d'Armorique portent des
décors directement inspirés de l'art architectural
d'époque archaïque de la Grande-Grèce, preuve de
contacts directs entre la Méditerranée et l'extrême
Occident. Les principautés de l'est, en relation directe
avec la Méditerranée, ne sont pas les seules à avoir joué
un rôle dans le développement des cultures celtes.
L'Armorique comme l'Auvergne ont participé activement
à ce mouvement créatif d'une civilisation, indice
fort probant de courants d'échanges multiples et complexes.
Et parmi ces influences, celles venues du monde
méditerranéen peuvent prendre des formes diverses et
utiliser des voies assurément moins visibles et moins
directes que le Rhône.