Choses privées et chose publique en Grèce ancienne : genèse et structure d'un système de classification

Le présent ouvrage constitue une anthologie de textes rédigés en langue grecque
entre le VIII<sup>e</sup> et le début du IV<sup>e</sup> siècle avant J.-C. Cette collection, oeuvre d'une
patiente sélection et de traductions nouvelles, accomplies par une équipe de chercheurs
réunie au sein d'une entreprise qui dura plusieurs années, a l'ambition
d'offrir à ceux qui étudient les mondes anciens, mais aussi, plus largement, à tous
ceux qui s'intéressent à l'apparition de la chose publique et au déploiement corrélatif
de la sphère privée, un accès à la manière dont un peuple, l'un de ceux qui,
en Occident, devait donner corps à ce partage, en façonna les contours. Au fil des
textes, on voit défiler le paysage dans lequel de telles dichotomies ont pu mûrir au
sein des choses, des temps, des lieux, des sentiments ou des actes qui fourmillent
dans la vie collective des hommes : celle qui oppose, d'un côté, ce qui est individuel
( idios ) à ce qui est collectif ou commun ( xunos, koinos ), et celle qui distingue,
de l'autre, ce qui relève de l'intérêt privé ( idios ) et ce qui est officiellement l'expression
de la communauté, de la cité, du peuple ( dêmios, dêmosios ). C'est au croisement
de ces deux systèmes d'opposition, pourtant non identifiables - car on
peut faire de manière solitaire, par exemple en ambassade, beaucoup de choses au
service de la puissance publique, et, collectivement, faire tant de choses qui ne
relèvent en rien de la vie publique, comme, par exemple, aller faire ses courses au
marché -, que l'on peut saisir la genèse, à travers les mots des Anciens, de la
représentation de la puissance publique et de ce qui s'en distingue. Il fallait en
effet, pour qu'une telle conscience vît le jour, que la cité, cette forme sous laquelle
les grecs connurent l'État, soit perçue, au moins partiellement, au moins à travers
certaines des choses, des décisions, des temps ou des lieux qui emplissent la vie
sociale, comme une forme du commun. C'est cette voix oubliée qui nous défie
encore à travers les chants des poètes archaïques, les scènes du théâtre, les raisonnements
des médecins, la prose des historiens, des orateurs, des sophistes et des
philosophes, ou le sourire du fabuliste : celle d'une communauté d'être humains
pour qui, un jour, la distribution des choses, des richesses, des sentiments, des
espaces et des lieux fut perçue comme le fondement même de l'existence collective
et comme une affaire trop importante pour ne pas être l'affaire de tous.