Noir panthère

C'était un jour de mai très gris, dans un village près
de Turin. Les montagnes noyées de brouillard étaient
invisibles et, partout, chez l'épicier, au bistrot, dans les
journaux, on s'inquiétait de la présence insolite d'une
panthère noire échappée d'on ne savait où. Elle était
là, invisible et menaçante, perdue dans la brume, prête
à dévorer le mouton imprudent ou le promeneur
égaré.
De retour à Paris, l'idée m'est venue de raconter
tout ça : la menace cachée, la peur, l'attente, les folies
de l'imagination, le trouble que la panthère noire et
invisible semait autour d'elle. J'entendais les voix de
ceux qui m'avaient parlé d'elle. Elles m'ont inspiré ces
trois variations - fantastique, théâtrale, policière. Seul
manquait le point de vue de la panthère. Son monologue
déchirant et déchiré, quatrième variation, clôt ce
livre qui joue sur le clavier intime de nos angoisses
ancestrales et de nos terreurs d'enfance.
Michèle Gazier