L'atelier intime : essai

Je vis dans la fréquentation des peintres et des sculpteurs.
Nos échanges, amicaux et féconds, ont lieu, le plus souvent,
dans leur atelier, cet espace aussi singulier qu'intime. Ce livre
est l'histoire de nos rencontres.
Tout au long de ces voyages dans une trentaine d'ateliers, une
évidence m'est apparue : l'atelier n'est pas un lieu neutre. Clos,
discret, impudique, il n'existe que dans le commerce qu'on
entretient avec lui : artiste ou simple visiteur. Il n'est jamais
silencieux, ni rébarbatif, ni redondant, ni morne, ni vide.
L'atelier est un lieu de réponses plus que de questions.
Tous me l'ont dit - Louise Bourgeois, Zao Wou-Ki,
Soulages, Garouste, Antonio Saura, Combas, Buren, Texier,
etc. : le lieu actif de l'atelier, impénétrable et intime, est le lieu
où le créateur aime vivre, où il fait des choses qui sont ses
inventions, où il se regarde, où il s'observe.
Nombre d'artistes m'ont avoué ne rien «faire» parfois dans
leur atelier. Un tel peut y passer quelques heures, sans enlever son
manteau, puis repartir, ou venir assister au jour qui se lève ; tel
autre y attend le danger, ou s'expose à la lumière. Mais tous en
conviennent : l'atelier, qui en dit souvent plus sur eux-mêmes
que leurs oeuvres, «ne se fait pas comme ça». Il s'apprend, se
prend, s'investit, se dompte. César a raison : «On met toute une
vie à faire un atelier.»