Connaissance des Pères de l'Eglise, n° 90. La christologie

Aujourd'hui se manifeste ce que des yeux de chair ne peuvent voir : un corps
terrestre rayonnant de la splendeur divine, un corps mortel manifestant la
gloire de la divinité. Car la Parole s'est faite chair et la chair Parole, bien que
celle-ci ne soit pas sortie de la nature divine. Le Thabor jubile et se réjouit, montagne
divine et sainte... car elle rivalise en grâce avec le ciel. Là, les apôtres choisis
voient le Christ dans la gloire de son Royaume. Là, la résurrection des morts
est manifeste à leur foi et le Christ se montre Seigneur des morts et des vivants,
lui qui fait paraître Moïse d'entre les morts et qui prend pour témoin des vivants
Élie, le cocher au souffle de feu. Là, les chefs des prophètes prophétisent encore,
annonçant l'exode du Seigneur à travers la croix [...]. Mais maintenant tout ruisselle
de lumière et de clarté.
Tandis que s'accomplissent ces choses, et pour que le Christ soit révélé comme
Seigneur de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance, pour que soit crue la résurrection
des morts et des vivants, Moïse et Élie se tiennent comme des serviteurs
aux côtés du Seigneur de gloire. Par les Apôtres, leurs compagnons dans le service,
ils sont vus parlant avec lui [...]. Aujourd'hui le coryphée de la Nouvelle
Alliance, qui avait le plus expressément proclamé le Christ comme Fils de Dieu
par ces paroles : «Tu es le Christ le Fils du Dieu vivant», voit le législateur de
l'Ancienne Alliance qui assiste le Christ, donateur de l'une et l'autre, et qui dit :
«Voici celui qui est» [...]. Moïse proclame : «Écoute, Israël spirituel, ce que
l'Israël selon la chair n'a pu entendre. Le Seigneur ton Dieu est un seul Seigneur,
puisqu'il est un seul, connu en trois Personnes». Élie répond : «Celui-ci est celui
que jadis j'ai contemplé, incorporel comme dans une brise légère, je veux dire
dans l'Esprit Saint».
Jadis, Moïse entrait dans la nuée divine [...]. Et, alors, Israël ne pouvait regarder
intensément la gloire pourtant passagère du visage de Moïse ; mais, nous, le
visage découvert, nous contemplons comme dans un miroir la gloire du
Seigneur, «transformés de gloire en gloire comme par l'Esprit du Seigneur».
C'est pourquoi une nuée, non plus de ténèbres mais lumineuse, les couvrit de
son ombre. Car le mystère caché dès avant les siècles et les générations est
révélé et la gloire véritable se manifeste [...]. Et une voix sortit de la nuée
disant : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le» : Celui qui est homme et
qui est vu tel, qui, hier, est devenu homme, qui humble, a conversé avec nous,
dont maintenant la face resplendit, celui-ci est mon Fils bien-aimé d'avant tous
les siècles, le Fils unique qui éternellement procède de moi, qui est toujours de
moi, en moi et avec moi. En lui, j'ai mis ma bienveillance. Car par la bienveillance
du Père, le Fils unique s'est fait chair. Par la bienveillance du Père, le Fils unique
a opéré le salut du monde entier. La bienveillance du Père a forgé dans le Fils
unique la communion de tous les hommes.
Jean Damascène, Homélie sur la Transfiguration.