Métachronologie : pour suite de Vladimir Jankélévitch

Métachronologie propose une théorie du temps entièrement
nouvelle, temps comportant non pas une, mais deux
dimensions. Cette théorie se développe à partir de l'analyse
d'un instant, lui-même conçu comme double et non simple : instant
composé de deux temps coordonnés, passé et futur, chacun mobilisé
par sa manière propre de se temporaliser. Au coeur de l'instant, non
son présent mais sa faille, un vide de temps. La métachronologie
est la métaphysique de ce temps sans présent, auquel se substitue
l'instance d'une collision entre deux temporalités corrélatives.
La collision est une notion employée par Vladimir Jankélévitch pour
désigner la logique (qu'il nomme «métalogique») d'un renvoi
réciproque et infini d'un terme à l'autre d'une alternative. Son
modèle en est l'instant de la mort, collision de la pensée avec ce qui
l'enlève et qu'elle ne rencontre pas. La métachronologie se donne à
poursuivre cette intuition métalogique de Jankélévitch, cela jusqu'en
des conséquences surprenantes, en rupture même avec quelques
racines de sa propre philosophie du temps. La fidélité à sa pensée
supposant qu'on en écoute ce qu'elle porte d'inouï.
Tout instant donc serait collisionnel. Au lieu du présent, sa défaillance,
sorte de trou où passé et futur s'excluent et pourtant se coordonnent,
et se convertissent l'un en l'autre. Aussi cette collision est-elle ici
notée 1 ( vav ), opérateur en hébreu de conjonction de termes et de
conversion de temps. Quant à l'écartement d'un même instant en
deux temps distincts, il qualifie la quandoquité de cet instant, par
analogie avec l' ubiquité d'un événement présent au même instant
en deux lieux séparés.
Ainsi principe de rupture, de coordination et de conversion, 1 ( vav )
se dispose pour reformuler le mystère temporel en s'arrêtant à cette
seule énigme : une sorte de néant écartant en l'instant même deux
temps indissociables et incompatibles.