Croire, souffrir et résister : lettres de religieuses opposantes à la bulle Unigenitus adressées aux évêques Charles-Joachim Colbert de Croissy et Jean Soanen, 1720-1740

Dans le dernier quart du XVII<sup>e</sup> et au début du XVIII<sup>e</sup> siècle, un petit livre de
l'oratorien Pasquier Quesnel, les Réflexions morales , connaît un succès tout à fait
considérable. Il est réédité plusieurs dizaines de fois et atteint des lecteurs toujours
plus nombreux. Son contenu ? Des traductions de textes extraits de la Bible,
accompagnées de réflexions dues à l'auteur. Or, cet ouvrage, qui permet aux
fidèles de lire des textes de l'Écriture, déplaît foncièrement à Rome.
En 1713, Clément XI fulmine la bulle Unigenitus , condamnant 101 propositions
contenues dans les Réflexions de Pasquier Quesnel. C'est le point de départ
d'un vaste mouvement d'opposition. De nombreux ecclésiastiques relaient l'appel
à un concile condamnant cette bulle considérée comme une grave erreur du
pape. Le mouvement des appelants gagne progressivement les couvents de religieuses,
qui doivent alors faire face à une autorité aussi déterminée qu'injuste et
prête à utiliser les moyens les plus contestables pour les soumettre ou les faire
taire : sanctions économiques, interdiction des visites, renvoi des confesseurs
appelants, exclusion des sacrements, jusqu'au refus de la sépulture ecclésiastique
dans les cas extrêmes.
Un grand nombre de moniales - elles sont plus de 500 dès les années 1720 -
écrivent aux évêques appelants, Colbert de Croissy et Soanen, pour faire
entendre leur voix, témoigner de leur intégrité et de leur fidélité à leurs voeux.
Au prix d'un travail aussi méticuleux qu'ingrat, Françoise de Noirfontaine
exhume ces correspondances, qui démontrent le courage des moniales face à
l'autorité de l'Église, ainsi que leur profonde liberté de conscience, mais qui
dévoilent aussi leur souffrance au milieu d'un monde indifférent. Dans cet entrelacs
de textes, chaque protagoniste est présenté, chaque situation est décrite avec
précision par l'auteur, qui, sans relâche, tente d'élucider le moindre mystère et de
répondre à la question que le lecteur pourrait se poser. Françoise de Noirfontaine
nous fait aussi découvrir, au passage, une multitude d'anecdotes : autant de récits
riches d'informations, qui nous permettent de mieux appréhender ces personnages,
et de passer, au gré de la lecture, devant une galerie de portraits vivants.