Laszlo Feher : exposition, Saint-Etienne, Musée d'art moderne, du 10 décembre 2011 au 5 février 2012

Vu de l'extérieur, l'art de László Fehér peut sembler monotone, répétitif et thématiquement peu imaginatif,
voire sans histoire. Les motifs simples d'une famille unie, les moments banals de la vie quotidienne,
des gens se promenant dans un parc, sur le bord désert d'une rivière, ou encore des lieux
de villégiature estivale plutôt dépeuplés, des femmes et des hommes assis à observer, adultes et
enfants dans l'expectative, le paysage de ses toiles est peuplé de telles figures. La plupart du temps
il ne se passe rien de significatif, et l'interaction entre les personnages est réduite à sa plus simple
expression. Les figures sont réelles, mais leur réalité en évoque une autre, un autre aspect du temps,
un autre système de références. Celles-ci existent en dehors du temps, tout en restant douloureusement,
provisoirement, inévitablement, inexorablement des acteurs pris dans un enchaînement d'instants
passagers et qui disparaissent avec ces instants, tout comme l'ombre va disparaître au soleil
ou les couleurs au crépuscule. László Fehér nous persuade que la réalité d'une image constitue notre
seule chance de sauvegarder nos instants passagers et éphémères. Il nous fait croire que ce que
nous voyons est la réalité transformée en image, et que cette image va résister à l'épreuve du temps.
Ses oeuvres récentes possèdent en outre un nouveau statut émotionnel et éthique dont la portée est
généreuse, audacieuse et complexe, dépourvu de toute trace d'héroïsme, et résistant aux ravages
du temps ; tout le monde est essentiel, et tout a son importance et sa dignité. László Fehér est le peintre
de l'absolu. Ses peintures sont des peintures absolues. Elles sont transformées en réalité absolue
et sont imperméables au principe de la désintégration.
To the outsider, László Fehér's art may seem monotonous, repetitive, and thematically unimaginative,
even uneventful. The simple motifs of family togetherness, the banal moments of everyday life,
figures strolling in parks, along deserted river banks or basically empty summer holiday resorts,
lonely men and women sitting around, observant, expectant grownups and children, these figures
people the landscape of his canvases. Mostly, nothing of note happens, and the interaction between
the characters is reduced to a minimum. The figures are real, but their reality evokes another reality,
another aspect of time, another system of references. They exist outside of time, but all the while,
they are painfully, provisionally, inevitably and inexorably actors in a chain of fleeting moments,
and they disappear along with those moments just as the shadow will disappear with the sunshine
and colors with the advent of the dark. László Fehér convinces us that the reality of an image is our
only chance of safeguarding our fleeting and ephemeral moments. He makes us believe that what
we see is reality turned into an image, and that this image will stand the test of time.
His recent works present even more a new emotional and ethical status that is generous, daring,
and complex in scope, free of any hint of the heroic, and resistant to the ravages of time ; everyone
is of the essence, and everything bears with significance and dignity. László Fehér is the painter of
the absolute. His paintings are absolute paintings. They are transformed into absolute reality and
are resistant to the principle of disintegration.