Francis Bacon : l'humaniste, le magicien, l'ingénieur

On a parfois décrit Bacon comme un «attardé», comme
un penseur d'arrière-garde qui n'aurait pas pris la pleine
mesure de la révolution scientifique qui se jouait sous ses
yeux. En réalité, en puisant dans l'héritage intellectuel de la
Renaissance anglaise, et en réalisant la synthèse du courant
humaniste, de la tradition magique et du débat autour des
«arts mécaniques», Bacon propose une idée nouvelle de
la science et de son rôle pour l'homme. Si l'ensemble de
son oeuvre philosophique vise à ouvrir la voie à une science
nouvelle qui ne se perde plus en vaines conjectures mais
permette de découvrir les lois véritables de la nature et de
produire des oeuvres qui profitent à l'humanité tout entière,
c'est peut-être dans la Nouvelle Atlantide que l'idée baconienne
de la science trouve son expression la plus efficace
et la plus originale. Car Bacon ne se contente pas d'y
reprendre les thèmes qui traversent toute son oeuvre :
véritable appel à l'action, la Nouvelle Atlantide donne à voir
ce que pourrait être cette science féconde, utile et salvatrice
qu'il entend fonder.