Ethiques en dialogue : Aristote lecteur de Platon

Qu'Aristote ait lu Platon est de l'ordre de
l'évidence. Cette évidence gagne néanmoins à
être rappelée pour en dégager toute la portée,
plus particulièrement dans le domaine de
l'éthique où le rapport d'Aristote à son maître
tend à être réduit à la vision traditionnelle d'un
disciple devenu un adversaire irréductible, et
parfois injuste. Redonner voix au dialogue continu
mais souterrain entre les éthiques des deux philosophes, en
mettant au jour l'arrière-plan platonicien avec lequel Aristote
est en débat, n'a pas pour seul but de réévaluer l'héritage
platonicien du Stagirite. Une telle entreprise offre en même
temps une voie d'entrée féconde dans l'élaboration de ses
concepts éthiques, qu'il s'agisse du bonheur, du plaisir, de
l'amitié ou de la sagesse pratique. En effet, faire l'hypothèse
qu'Aristote construit les notions cardinales de sa philosophie
pratique comme des réponses précises à des questions non
moins précises laissées ouvertes par les Dialogues permet d'en
éclairer la genèse et d'en dégager les articulations constitutives.
Bien loin d'être un système statique de concepts, l'éthique
aristotélicienne se trouve ainsi hériter du caractère dialectique
plus volontiers attribué aux textes platoniciens qui en
constituent la toile de fond. La nouveauté comme la portée de
l'intuition qui la guide, à savoir que le bien, pour les humains,
réside dans l'action, s'apprécient mieux à l'aune de cette
conversation continuée qu'elle entretient avec les questions et
les prises de position de son prédécesseur.