Les cultes d'Amon hors de Thèbes : recherches de géographie religieuse

Amon-Rê, apparu dans des circonstances obscures à la fin de l'Ancien
Empire, est attesté depuis la Première Période Intermédiaire à Thèbes, où
dans un premier temps, il assoit son emprise, supplantant le dieu
d'Hermonthis, Montou. Avec la XVIII<sup>e</sup> dynastie, peu à peu, il investit la totalité
du Double-Pays, connaissant une diffusion peu commune. Sans doute, ses
rapports étroits avec une dynastie conquérante, puissante et entreprenante,
puis son lien indéfectible avec la légitimation et la conservation du pouvoir
royal, expliquent-ils en grande partie ce phénomène. Plus tard, à la Basse
Époque, bien que le rapport avec le pouvoir politique ne fût plus aussi fort,
mais que le rôle théologique de Nô demeurât important, les clergés «provinciaux»
d'Amon continuèrent à prospérer et, dans les zones marginales, les
Oasis et la Nubie, son culte connut un renouveau. La prospérité du clergé
implique une certaine autonomie et une dissociation, relative certes, entre politique
et religieux. Cette autonomie pouvait découler du morcellement politique
du pays qui eut lieu à certaines périodes, puis des reprises en main partielles
ou complètes. Amon devait posséder une notoriété suffisante, représenter
symboliquement l'Égypte et le système pharaonique, à tout le moins sur le
plan politique, pour que les Grecs l'identifient au «roi des dieux» et/ou que
les Égyptiens associent Zeus à Amon. Pleinement assimilé à Zeus dans le
monde grec, il n'eut pas le privilège d'une diffusion hors d'Égypte, à la manière
d'Osiris, Isis, Anubis, etc. ; dieu du pouvoir politique, il n'offrait pas aux
particuliers les espoirs de salut individuel, véhiculés par les «mystères» osiriens
et isiaques.