La mort inégale : du recul de la mort à l'analyse socio-historique de la mortalité différencielle

Nous mourrons tous. Mais pas au même âge...
Parler de la mort est toujours délicat.
Objet d'étude sensible, la mort interpelle, ébranle les
certitudes, nourrit les craintes et réactive les angoisses les
plus profondes, renvoyant chacun à sa propre finitude et
à sa condition de simple mortel. Comme le soleil, elle ne
peut se regarder fixement , disait à peu près en ces termes
La Rochefoucauld... À plus forte raison que nos sociétés ont
connu un recul spectaculaire de la mort depuis les temps les
plus reculés. Nul n'ignore que nous vivons aujourd'hui beaucoup
plus longtemps qu'autrefois.
Mais derrière ces progrès, dont les conquêtes de la médecine
ne suffisent à rendre compte, se cache en réalité un tout autre
phénomène, relativement méconnu : l'inégalité des hommes
devant la mort. La durée de vie est loin d'être la même pour
tous et la mort inégale , en réalité, ne fait que traduire l'inégalité
des conditions sociales. En réinstaurant le dialogue avec l'histoire,
le sociologue trouve une matière féconde pour mettre en relief
le poids déterminant des conditions d'existence dans la
production des inégalités devant la mort. L'examen socio-historique,
en fait, révèle combien les fondements de ces
inégalités - toujours actives - résident en amont du système
de santé.
Le hasard n'est donc point le maître d'oeuvre en matière de
mortalité. Phénomène biologique, la mort, chez l'homme, est
traversée de toute part par des effets de culture.