Danser le mythe : la pantomime et sa réception dans la culture antique

Sous le règne de l'empereur Auguste, vers 22 av. J.-C., apparut à Rome un genre dramatique
nouveau dont le succès, fulgurant et durable, résiste aujourd'hui encore à l'analyse historique.
Ses acteurs, des danseurs solistes accompagnés d'un choeur et d'un orchestre qui
mimaient les grandes «scènes» de la mythologie, fascinèrent, six siècles durant, le public de
tout l'Empire romain. Pantomini à Rome, orchestai en Grèce, ces acteurs d'un nouveau genre
furent récompensés, adulés, détestés, condamnés, bannis.
La pantomime antique, genre dramatique à la fois raffiné et populaire, concurrent de la
tragédie qu'il supplanta, méritait une synthèse qui lui rendît sa vraie place dans l'histoire du
théâtre antique. Comprendre un phénomène aussi surprenant que l'engouement de tout un
Empire, de Syrie jusqu'en Gaule et de Germanie jusqu'en Afrique, pour des spectacles sans
texte véritable, qui faisaient appel à l'image et au son, supposait un dépassement des problématiques
habituelles. Abandonnant tous les a priori et jugements de valeur, le présent ouvrage
ne souhaitait pas évaluer le genre, mais l'analyser comme un fait de civilisation unique dans
notre culture occidentale.
Notre documentation est pauvre (nous n'avons aucun texte, aucune partition), parfois
anachronique, presque toujours marquée par des partis pris sociaux ou politiques. L'iconographie
est rare. Elle permet difficilement d'imaginer l'apparence du danseur. Aucune image
ne permet de reconstituer le spectacle. L'étude des inscriptions permet de construire quelques
parcours artistiques, mais avec tant d'incertitudes qu'il eût été impossible de prétendre proposer
au lecteur une Vie quotidienne des danseurs à Rome.
Il était passionnant en revanche de parcourir des textes souvent contradictoires, ceux des
historiens latins et grecs, ceux des poètes, des auteurs d'épigrammes de l'Anthologie Grecque ,
ceux des auteurs chrétiens aussi, et de se pencher sur les textes émouvants d'épitaphes en vers.
Cette synthèse a d'abord pour objet la mise en lumière de la mutation culturelle importante
dont témoigne la naissance de ce «drame moderne», la pantomime. Tragédie, poésie lyrique,
épopée, mythologie en général se trouvaient convoquées par une langue gestuelle compréhensible
par tous, qui rappelait aux Grecs et aux Latins leur patrimoine commun.
L'ouvrage s'adresse à un public averti, qu'il soit spécialiste des textes antiques ou de l'histoire
du théâtre occidental.