Des sens au sens : littérature & morale de Molière à Voltaire

Des sens au sens : littérature & morale de Molière à Voltaire

Des sens au sens : littérature & morale de Molière à Voltaire
Éditeur: Peeters
2008202 pagesISBN 9789042919853
Format: BrochéLangue : Français

«Tout est sur la terre dans un flux continuel qui ne permet à rien d'y prendre une forme

constante. Tout change autour de nous. Nous changeons nous-mêmes et nul ne peut s'assurer

qu'il aimera demain ce qu'il aime aujourd'hui (...) C'est une suite naturelle du pouvoir

des sensations sur (nos) sentiments internes» (J.J. Rousseau, Rêveries du promeneur

solitaire , 9). Cet aveu rousseauiste fait en décembre 1777, indexe la résignation de la culture

classique devant l'impureté congénitale de l'humaine condition.

Quand, en 1670, Mme de Lafayette impose à sa Princesse de Clèves, jalouse, de se poser

la question : «Que veux-je ?», essentielle au sens qu'elle risque de trahir, cette dernière

décide, malgré le sacrifice que son geste implique, de renoncer immédiatement à

Nemours : la réinscription du sens dans son histoire s'effectue par le renoncement aux

sens, si ce mot peut se prendre pour un équivalent du désir amoureux dont la princesse, à

son grand étonnement (Marivaux recourra au terme de «surprise») a fait une expérience

bouleversante et troublante. Ce schéma narratif symbolise le classicisme dans toute sa

force. Il n'en ira plus de même au XVIIIe siècle.

C'est ce que les études rassemblées ici montrent, chacune à sa manière et dans les

domaines variés de la prose fictionnelle, narrative ou dramatique (la comédie, le roman,

le conte et les mémoires) et de la prose d'idée, théorique ou polémique (les essais philosophiques,

la critique littéraire ou la réflexion esthétique). S'appuyant sur le Misanthrope

de Molière (1666), les Illustres Françaises de Robert Challe (1713), les Campagnes philosophiques

de l'abbé Prévost (1741), la Vie de Marianne de Marivaux (1734-1737), les

Mémoires du Cardinal de Bernis (1715-1794), les Contes moraux de Marmontel (1750-1793),

sur l'oeuvre de Voltaire, et surtout ses Contes (1734-1778), ses Lettres philosophiques

(1734) et son Dictionnaire philosophique (1764-1769), sur les oeuvres critiques de Pierre-Valentin

Faydit (1700), de Lenglet du Fresnoy (1734), d'Aubert de la Chesney des Bois

(1743), de Jacquin (1755), de Jean Charpentier (1751) entre autres et enfin sur la Lettre

sur les sourds et muets , le Discours sur la poésie dramatique (le Salon de 1767 et le Rêve de

d'Alembert (1769)), la Satire première (1773-1778) de Diderot, l'ouvrage parcourt de

nombreux territoires culturels, entre 1660 et 1778 (de Molière à Voltaire).

Il constate la modification profonde qu'instaurent les oeuvres de fiction et de réflexion

dans la conscience esthétique et morale de leur temps qui tente de mettre fin à l'idéalisme

antérieur, source de beautés et de grandeurs impressionnantes certes, mais de plus en plus

perçu comme un donquichottisme vaniteux ou un académisme stérile. Les sens ne seront

plus écartés de l'affirmation du sens. La volonté sortira affaiblie de ce devenir impur de

la morale. La volonté ne définissant plus l'idéal humain, le sens devient instable et fragile.

S'entame ainsi, sourdement, une marche qui, malgré les efforts du déisme (voltairien

ou rousseauiste), se poursuit actuellement dans notre modernité occidentale, perplexe

devant la disparition de la référence divine, ancienne garante du sens et légitimation

transcendante de la volonté.

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