Si mon père m'était conté... : un Juif du Maroc peu ordinaire

Caissier pendant trente ans à la banque commerciale de
Casablanca, prieur professionnel encore trente ans de plus à la synagogue
du coin, mon père a toujours adoré le cinéma. Il a aussi aimé
les médicaments, d'abord pour en donner aux autres, ensuite pour
son usage personnel. Il a vécu cent ans en bonne santé. Peut-être est-ce
la preuve que les médicaments, ça marche ! Jusqu'ici tout va plutôt
bien, mais s'il a vécu cent ans, celui qui meurt n'est plus là, et ça,
c'est moins drôle pour les autres. Mon père n'avait rien d'un personnage
de légende ou même d'un héros très discret. Il ressemblait
peut-être à beaucoup de parents d'Afrique du Nord, plus encore à
ceux de la zone espagnole, mais il était unique parce qu'il était mon
père, et que l'on n'a qu'un père, en tout cas à mon époque ! Je ne sais
pas si mon père était drôle pour tout le monde, peut-être même ne
se trouvait-il pas drôle du tout, mais il l'était pour moi. Ceci est l'histoire
d'une conversation.
Elle évoque des moments de la vie d'un Juif espagnol du Maroc
pas comme les autres, une vie incroyablement marquée par le septième
art.