Billy Graham, pape protestant ?

«Ce jour (du 11 septembre) pourra être remémoré comme un jour
de victoire si le peuple américain se rapproche de Dieu.» C'est sur ces
paroles singulières que s'est achevée la prédication du pasteur évangéliste
Billy Graham, le 14 septembre 2001, à la cathédrale nationale
de Washington, en présence de l'élite politique du pays. Figure emblématique
de la «religion civile» américaine, Billy Graham n'a pas son
pareil pour fédérer une nation en état de choc autour des thèmes de
la conversion et de la rédemption.
Au fil de plus d'un demi-siècle de «croisades» d'évangélisation, le
maître-à-croire américain est parvenu, comme aucun protestant
avant lui, à rallier des millions d'individus autour de son message et
de son nom. Ce succès médiatique planétaire en fait l'une des principales
«icônes» religieuses d'un univers globalisé. D'où la question que
pose ce livre : celle de la proximité possible, du «côté catholique»,
avec la figure du pape. La comparaison a pourtant ses limites : si le
pape dirige une institution sacrée, ancrée dans une tradition, Billy
Graham demeure fondamentalement un «entrepreneur individuel»,
au biblicisme irréductible et à la filiation précaire. En étudiant la
mise en scène de ce «mythe charismatique», qui n'a rien à envier à
la machinerie hollywoodienne, Sébastien Fath montre que c'est finalement
avec la figure de la star, création américaine du XX<sup>e</sup> siècle, que
Billy Graham partage le plus d'affinités.