Le féminisme en mouvements : des années 1960 à l'ère néolibérale

Vue d'aujourd'hui, l'histoire du féminisme américain
depuis les années 1960 apparaît comme un drame
en trois actes. Dans un premier temps, le mouvement
de libération des femmes naît comme une force insurrectionnelle
visant à faire voler en éclats une politique
technicisée et un imaginaire social-démocrate qui avait
occulté l'injustice de genre. Ensuite, alors que les énergies
utopiques commencent à s'épuiser, le féminisme
est aspiré par la politique de l'identité. Ses élans transformateurs
se trouvent canalisés vers un nouvel imaginaire
politique qui place la «différence» au premier
plan. Passant de la redistribution à la reconnaissance,
le mouvement déplace son attention vers la politique
culturelle au moment où un néolibéralisme naissant
déclare la guerre à l'égalité sociale.
Enfin, depuis que le néolibéralisme est entré en
crise, les conditions semblent réunies pour voir un
féminisme revigoré rejoindre d'autres forces d'émancipation
cherchant à assujettir des marchés déchaînés
à un contrôle démocratique. Ainsi, le mouvement
pourrait récupérer son esprit insurrectionnel tout
en approfondissant les idées qui le caractérisent : sa
critique structurelle de l'androcentrisme inhérent au
capitalisme, son analyse systémique de la domination
masculine et ses propositions d'amendements, informées
par le genre, de la démocratie et de la justice.
Écrits entre 1984 et 2010, les articles qui composent
ce livre donnent à lire la trajectoire théorique et politique
d'une théoricienne féministe majeure de notre temps.