Le versant féroce de la joie

«L'adulation dont il était l'objet se mesurait au nombre
de kilomètres toujours plus grand qu'il parcourait sur son nom,
au sens strict. Peint en lettres blanches sur le parcours
des grandes courses. C'était aller sur un étrange miroir,
sur le texte de sa vie, qui semblait vouloir se dérouler à l'infini
entre deux talus d'herbe ou deux haies de barrières infestées
de visages grimaçants. Il baissait les yeux, ébloui par la peinture.
Il les fermait, les signes étaient toujours là, l'obnubilant de son
propre nom. Vdb, vdb, vdb, vdb, vdb, vdb, vdb. Lorsque l'allure
s'accélérait, que l'effort commençait de l'étrangler un peu et,
s'ajoutant aux cris qu'on lui jetait au visage, brouillait sa vue,
alors il avait l'impression d'avancer dans un océan fait
de cet alphabet appauvri, que la vitesse et la violence envoyaient
valdinguer en tous sens. Se dressait-il sur les pédales,
les caractères basculaient de droite puis de gauche, le V et le B
se déformant tour à tour et montant comme une vague
sur les parois internes de son crâne. Il était plein de lui.»