C'était au paradis

C'était au paradis thierry brunello
C'était une vision singulière, impalpable, quasi surnaturelle. Et ce mirage lointain nous remplit soudain d'une étrange amertume ; à sa façon, Angkor nous disait adieu. C'était la dernière fois que nous contemplions ce royaume éternel, lieu de notre rencontre, naissance de notre amour.
Le crépuscule s'étirait. C'était l'heure des rassemblements ; des barrissements lancinants montaient de la plaine jusqu'à notre clairière.
Lentement, Gautier se leva et s'avança vers la jungle infinie. Il s'arrêta, face à l'horizon. Sa silhouette parfaite se découpait dans le ciel effiloché de sang.
Je pensai très fort :
- Jette moi un regard. Et ma vie sera à toi. Je me concentrai, les yeux rivés à sa nuque.
- Regarde-moi... Maintenant...
Et Gautier se retourna. Éclaboussé de crépuscule, il me souriait.