Prise de possession

Quand, sur les bancs du groupe Louise Michel
impasse Ramey, le secrétaire de la Fédération Anarchiste
française, Maurice Joyeux, dans les années soixante,
donnait des cours d'histoire sociale aux jeunes membres
de la section, le nom de Louise Michel revenait avec
insistance. Elle était citée pour son courage, son abnégation,
sa radicalité, son extrémisme. Elle avait plusieurs
surnoms : la vierge rouge, la bonne Louise, la reine du
pétrole, la sainte laïque. Et pour ses ennemis, c'était la
louve avide de sang.
Vierge, faut voir. En effet, la nuit entière passée seule
sur une barricade avec un superbe Africain, un ancien
zouave pontifical, il m'étonne que la sympathie soit restée
le seul sentiment.
Et la couleur me semble aussi bien réductrice. Ne
devrions-nous pas dire plutôt rouge et noire.
Et plutôt qu'une vierge, une femme, qui écrit dans ses
mémoires : «oui, barbare que je suis, j'aime le canon,
l'odeur de la poudre, la mitraille dans l'air, mais je suis
surtout éprise de la Révolution».
Jacques Le Glou