Petites histoires du Liban

«Les blocs de béton coulent le long des armatures métalliques. En suspens, dans les airs, leur chute semble s'être arrêtée. A eux seuls, ils racontent l'histoire. Des maisons englouties, des amis disparus, des vies malmenées. L'histoire de Beyrouth et de ses guerres.
Malgré le temps, des cavités béantes donnent aujourd'hui encore une impression de vide. Images de vertige du haut d'un étage à ciel ouvert.
Une fois la paix revenue, les gens se sont noyés dans ces vestiges. Ils ont investi les ruines. Morceau après morceau, ils racontent leur histoire. Des histoires de combat, de massacres, d'amis perdus, disparus, de nuits sans sommeil, de couvre-feu, de cessez-le-feu, de corps que l'on brandit, de corps meurtris aussi...
Rien n'est trop laid ou trop triste pour rappeler ce qui s'est passé. Il n'y a plus les bombes, il n'y a que ces orifices. J'aurais voulu alors qu'ils ne disparaissent jamais. Les trous de la guerre. Je voulais regarder la ville qui avait mal pour mieux comprendre...»