L'imaginaire en oeuvre : romans scouts et expérience littéraire

«Il n'y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons
si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les
vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré.» (Proust,
Sur la lecture .) Une lecture peut en effet affecter en profondeur, non
seulement parce qu'on y puise un savoir nouveau, mais aussi parce
qu'on y découvre une autre manière d'être au monde.
Un texte littéraire - avec ses thèmes, ses structures narratives,
son usage spécifique de la langue - est une interpellation. Certains
lecteurs, en raison du contexte socio-historique et psychique dans
lequel ils sont immergés, sont disposés à s'imprégner, d'une façon
forte et durable, des imaginaires que le livre déploie. On peut ainsi
analyser comment l'expérience esthétique articule des stratégies
discursives et des effet émotionnels.
En raison du succès considérable qu'il a rencontré, le roman
scout en français offre, à cet égard, un champ d'investigation
éclairant. La collection «Signe de piste», en particulier, a suscité
l'enthousiasme de nombreux lecteurs, pour des raisons qui n'ont été
que partiellement élucidées jusqu'à présent et que l'on met ici en
lumière sous un angle nouveau, à partir des oeuvres de Serge
Dalens, de Jean-Louis Foncine, d'X. B. Leprince, de Jean Valbert et
de Maurice Vauthier. Cette étude s'attache notamment à analyser la
construction d'une dynamique initiatique dans laquelle les romans
sont capables d'entraîner le lecteur, qui est ainsi invité à adopter un
rapport au monde renouvelé.