Petite mystique de Jean Genet : la famille, la mort, le pardon

Le sujet central de l'oeuvre de Genet,
ce n'est ni le mal, ni la sainteté, la politique
ou l'homosexualité mais la mort.
Être mort, parler par-delà le monde des
morts, donner la parole aux morts. Genet
est un janséniste qui se place du côté
de ceux à qui la grâce fut refusée dès la
naissance. Sans salut dans l'au-delà, ces
hommes sont dès le premier jour de leur
vie des cadavres errants et abjects, des
non-êtres sans avenir. Genet est scandaleusement
métaphysique par cette première affirmation - être
impardonnable, c'est être mort - puis par sa volonté
d'accorder sa grâce à ces bannis. Pour cela, il crée une
langue qui tresse le champ lexical de la poésie à ceux
du catholicisme et de l'interlope : elle mêle la rose et
la Vierge au meurtre et à la merde. À travers ce jeu
formel, où le bien et le mal s'équivalent, hyperboles
et métaphores s'efforcent de faire sens afin d'offrir un
verbe qui réaffirme le droit à la parole, le pouvoir du
locuteur, mais aussi de l'interlocuteur : être entendu
est un préalable à tout pardon. Cette langue est donc
opératoire : sa force poétique permet de nommer les
morts, de les inscrire dans une famille et à nous, lecteurs,
de porter leur deuil.