Spéciale dernière : qui veut la mort de la presse quotidienne française ?

La crise de la presse quotidienne nationale française, qui se développe
comme un cancer depuis des années, semble aujourd'hui entrer
dans une phase critique. Le pronostic vital des rares titres survivants est
engagé. Tous sont en effet frappés à des degrés divers par la chute des
ventes en kiosque, la stagnation des abonnements, la baisse des recettes
publicitaires, la hausse vertigineuse et apparemment incontrôlable
des coûts, l'érosion de leur crédibilité, et bien sûr l'apparition d'une
concurrence multiforme.
Emmanuel Schwartzenberg ne se contente pas de recenser les causes
les plus visibles et les plus fréquemment citées de cette bérézina, à
savoir l'apparition des journaux gratuits et la concurrence d'Internet. Le
mal, selon lui, date de la Libération, quand des avantages aussi exorbitants
qu'immérités furent concédés au Syndicat du livre - avantages qui
lui permirent de capter au profit de ses adhérents une grande partie des
marges de la presse pendant un demi-siècle, la laissant exsangue à
l'heure des grandes mutations.
L'auteur nous livre le récit détaillé des tractations, manoeuvres et
abdications qui émaillèrent la vie mouvementée de la presse française
depuis 1944 et entérinèrent progressivement la perte de souveraineté
des éditeurs, la paupérisation des rédactions et la mystification comme
méthode de communication de l'ensemble de la profession.
Ayant eu accès à quantité de documents très confidentiels, l'auteur
dévoile la terrible réalité des vrais chiffres : salaires des rotativistes, coût
réel des plans de licenciement, tirages, ventes en kiosque, abonnements,
exemplaires gratuits, exemplaires «tombés du camion», chiffres d'affaires
publicitaires «net net», c'est-à-dire réellement encaissés...
Quand le groupe Springer renonce à lancer une édition française de
Bild , comment ne pas y voir la preuve qu'il y a quelque chose de pourri
au royaume de la presse quotidienne française ?