La cathédrale Saint-Pierre de Beauvais : architecture, mobilier et trésor

La cathédrale de Beauvais est l'un des «monstres sacrés» de l'art gothique : son chœur est le plus haut jamais érigé au XIII<sup>e</sup> siècle, les arcs-boutants qui le soutiennent sont d'une hardiesse incroyable, un flot de lumière inonde son sanctuaire. Mais la réputation de ce gigantesque édifice tient aussi à ses malheurs : une partie des voûtes du chœur s'effondra en 1284, la tour-lanterne érigée au XVI<sup>e</sup> siècle sur la croisée du transept chuta à son tour en 1573, et la cathédrale ne fut finalement jamais terminée, malgré les efforts encore déployés au tout début du XVII<sup>e</sup> siècle. Saint-Pierre de Beauvais demeure ainsi un joyau incomplet : l'élan vertigineux du chœur vient se briser sur un mur nu.
Cet inachèvement a toutefois permis la survie de la «Basse-Œuvre» (X<sup>e</sup>-XI<sup>e</sup> siècles), l'une des rares cathédrales de l'an mil conservées en France, dont les premières travées subsistent à l'ouest de Saint-Pierre. Ecrasé par la puissante masse de la cathédrale gothique, ce vestige passe souvent inaperçu, alors que de longues campagnes de fouilles ont montré son intérêt. Les recherches récentes ont également apporté un nouvel éclairage sur le chef-d'œuvre du XIII<sup>e</sup> siècle, trop souvent réduit à l'image d'une tour de Babel frappée dans son orgueilleuse hauteur. Elles ont aussi mis en valeur le transept flamboyant élevé au XVI<sup>e</sup> siècle sur les plans de Martin Chambiges.
La splendeur de cette architecture fait souvent oublier les œuvres d'art qu'elle renferme : le décor mobilier de la cathédrale, ainsi que son trésor, méritent amplement une redécouverte. La collection d'ornements liturgiques, en particulier, comporte des pièces d'une grande beauté, inaccessibles à l'heure actuelle, et que cette publication prend à cœur de faire apprécier.