Travail et propriété des femmes en temps de crise (Turin, XVIIIe siècle)

Ce livre étudie le rôle de la propriété et du travail des
femmes de la population urbaine de Turin - sauf la noblesse -
durant la deuxième moitié du XVIII<sup>e</sup> siècle, dans un contexte
de grave crise économique et sociale. Il montre que l'étendue
de l'action économique de ces femmes - la constitution et
l'utilisation de leur dot et de leur trousseau de mariage, l'accès
à la formation et au monde du travail - non seulement tient
une place importante dans les stratégies de survie des familles,
mais affectent aussi la nature des relations à l'intérieur du
ménage.
On a souvent présenté les familles d'Ancien Régime comme
«patriarcales», les rapports entre mari et femme étant régis
par une logique de domination vouée à la sauvegarde de la
cohésion familiale. Ce livre remet en question cette configuration
relationnelle et signale les asymétries de pouvoir engendrées
par les relations économiques entre conjoints. Il montre
notamment qu'à Turin propriété et travail des femmes, souvent
cachés sous les discours patriarcaux, ouvrent à celles-ci
des espaces d'action et parfois de choix, capables de modifier
les équilibres de pouvoir entre les conjoints et, plus généralement,
entre les membres du réseau familial.
Cette étude associe l'exploitation d'un large éventail de
sources d'archives (sources judiciaires, actes notariés, registres
des corporations et des institutions de charité) à une
approche micro-analytique de la documentation. Elle privilégie
la reconstruction de tranches de vie, et, tout en prenant
en compte le cycle de vie individuel et familial, l'âge et
la condition maritale, valorise les spécificités des contextes
socio-économiques et les interactions entre individus.