Pour une esthétique baroque du Nouveau roman

Loin de se limiter au XVII<sup>e</sup> siècle, le Baroque littéraire surgit
comme une notion chronologiquement paradoxale qui permet de
réinventer une autre notion problématique : le «Nouveau
Roman». Qu'il s'agisse de Michel Butor, Claude Ollier, Robert
Pinget, Alain Robbe-Grillet, Nathalie Sarraute et Claude Simon,
l'esthétique baroque donne la chance de rassembler ces romanciers
d'allure disparate en un groupe littéraire à l'identité textuelle
homogène. L'ère du soupçon serait alors un retour à l'âge
baroque. A son instar, une rhétorique de l'altérité et une ontologie
du vide traversent les personnages qui évoluent dans un paysage
théâtral et livresque. Dans ce monde du trompe-l'oeil, une
misologie de la fiction interroge les virtualités du dire. L'écriture
tremble sur elle-même mais, pour ne pas disparaître tout à fait,
exhibe comme le paon baroque une surcharge ostentatoire. Le
Baroque et le Nouveau Roman sont des histoires de fantômes
pour grandes personnes.