La guerre et l'oseille : une lecture de la presse financière française 1938-1945

L'indice moyen du cours des actions à la Bourse de Paris est
passé de l'indice 100 en 1938 à l'indice 140 en 1940, 308 en 1941,
enfin, 540 en 1943. Ces progressions spectaculaires n'ont pas de
précédents historiques. L'état de guerre n'est pas en lui-même
une explication de ce phénomène : au cours de la première guerre
mondiale, ce même indice s'était effrité de 100 en 1913 à 79 en
1915, pour atteindre 113 en 1918.
Cette envolée n'a pas non plus d'équivalent dans d'autres
pays. Du côté des forces de l'Axe, la hausse était prohibée à Berlin,
fortement entravée à Milan. Chez les Alliés, les cours n'ont guère
varié, tant à Londres qu'à New York. Il en a été de même dans
les pays neutres, tandis que dans les pays soumis à l'occupation
allemande, la progression a été jugulée à Amsterdam, forte, mais
néanmoins inférieure aux records parisiens à Bruxelles.
Comment une telle hausse peut-elle s'expliquer ? L'histoire
économique ne s'est, jusqu'ici, guère penchée sur ce phénomène,
quand elle ne l'a pas totalement ignoré. Ce livre n'entend pourtant
pas combler cette lacune. Son auteur a préféré s'amuser à
collectionner les commentaires qu'ont inspiré les mouvements
de la Bourse à la presse économique et financière de l'époque,
sans chercher à mettre en cause la pertinence de ses affirmations
et de ses analyses, mais en se divertissant de l'étroite mesquinerie
de ses préoccupations, de ses compromissions serviles et souvent
révoltantes, de ses pronostics invariablement erronés...
Si ce livre croise l'histoire économique et l'histoire de la presse
financière, son objet principal est la mentalité d'une fraction non
négligeable de la population française dont les réactions aux
événements les plus dramatiques sont dominées par la recherche
fiévreuse des possibilités d'enrichissement et la crainte des
déchéances patrimoniales que ces événements peuvent entraîner.
De récentes tragédies ont confirmé, tant sur les grandes places
internationales qu'à la minuscule Bourse de Bagdad,
l'extravagance, la cruauté et l'obscénité de la danse nuptiale
qui accompagne la mise en ménage de la guerre et de l'oseille.