Etude sur la limite géographique de la langue d'oc et la langue d'oil : avec une carte : premier rapport à M. Le Ministre de l'Instruction Publique, des cultes et des Beaux-Arts

En 1873, sur une proposition de la Société pour l'étude des
langues romanes, de Montpellier, mission est confiée par le
Ministère de l'instruction publique à deux philologues, Octavien
Bringuier et Charles de Tourtoulon, de déterminer où passe exactement
la limite entre langue d'oc et langue d'oïl, et ce, de la côte
atlantique à la frontière des Alpes.
En deux séjours, d'abord tous deux puis, Bringuier étant décédé,
Tourtoulon seul, ils vont fixer 400 km de limite de la pointe de
Grave à la forêt de Nouziers, laissant là le trait en suspens pour
une suite qui malheureusement ne viendra pas.
Travail de terrain, dirait-on aujourd'hui. Car pas plus qu'ils ne
croyaient, théorie alors très en vogue, à la fusion des langues en
leur confrontation géographique, mais bien, ce qu'ils vérifièrent,
qu'on est toujours dans l'une ou l'autre langue, fût-elle altérée par
cette proximité, ils ne croyaient que l'on pût enquêter sur des
écrits et par correspondance.
Leur méthode ? Dans un premier temps, par la fréquentation
des archives et des érudits locaux, déterminer en gros la limite,
pour, en second lieu, aller sur place l'affiner auprès des usagers.
Le résultat est passionnant. Le rapport ne se borne pas à une
austère énumération de lieux, mais fourmille d'exemples, de
considérations, de pistes d'explication de tous ordres, les auteurs
notant signes et concordances, parlant aussi bien de la coiffe des
femmes que de la géologie ou des forêts. Un vrai travail, fût-il succinct,
d'ethnolinguistique.
Mais au fait, que donnerait la même enquête, cent trente ans
après, et menée cette fois-ci jusqu'aux vallées alpines ?