Les limites de la masculinité : l'androgyne dans l'art et la théorie de l'art en France, 1750-1830

À l'époque de la Révolution française, l'image de l'androgyne
fleurit dans l'art néoclassique français. À travers ces figures
d'adolescents aux lignes féminines, la référence à l'idéal antique
- cher à l'historien de l'art Winckelmann -, centré sur le corps et
l'érotisme masculins, est reprise et largement sollicitée, non sans
mélancolie. Les représentations des hermaphrodites côtoient ainsi
de nouvelles entreprises scientifiques et culturelles visant à établir
une nette différenciation des sexes.
Interrogeant les mises en scène artistiques des masculinités
ambiguës, des Lumières à la Restauration, Mechthild Fend rapproche
les changements dans la société française liés à l'identité
sexuelle des bouleversements politiques et sociaux de l'époque
révolutionnaire. Dans le sillage de Michel Foucault, Judith Butler
et Thomas Laqueur, cet essai illustré, au croisement de l'histoire de
l'art, de la littérature et de l'histoire du corps et de la sexualité, met
en lumière la fluidité des définitions du masculin et du féminin
caractérisant cette période de transition.
Dans cette perspective, l'androgyne apparaît, notamment à
travers les oeuvres de David et de Girodet, comme une figure privilégiée,
qui reflète et anime ce mouvement, avant qu'un régime
normatif d'une binarité rigide ne s'établisse dans les premières
décennies du XIX<sup>e</sup> siècle.