Mon enfance volée : une vie d'aborigène

À l'âge de cinq ans, après un début d'enfance heureuse au sein de la communauté
aborigène koorie de Pilliga, en Australie orientale, Donna et ses frères sont enlevés
à leur famille. En ce début des années 60, la politique d'assimilation du gouvernement
arrache les enfants aborigènes à leurs parents afin de les placer dans des familles
d'accueil blanches. Pour la fillette, soudainement projetée dans un monde inconnu,
le choc est brutal. Si ses nouveaux parents sont bons et généreux, l'enfant souffre de
solitude. À école elle rencontre le racisme et l'exclusion ; elle souffre d'être différente,
rejetée par les élèves comme par les enseignants. Dès lors, la fillette se forge d'elle-même
une image négative. Elle mettra presque trente années pour admettre son identité
qu'elle n'aura eu de cesse de désavouer. Cependant, la famille d'accueil est
croyante, pratiquante, et la petite Donna trouve son réconfort au sein de l'Église. Là,
elle est acceptée par tous. C'est la religion, une foi naïve et vraie qui, avec l'amour
de sa famille adoptive et plus tard de son mari, l'aideront à surmonter son désespoir
d'enfant abandonnée.
Ce document autobiographique dévoile un drame humain à la fois personnel
et collectif : la tragédie des aborigènes d'Australie. De ce récit monte une voix
dont l'authenticité, la finesse et la franchise bouleversent, émeuvent et comblent.
On y croise des personnes ordinaires pour leur découvrir une dimension hors du
commun. Le regard de la narratrice s'attache à ce qui l'a sauvée du suicide, à la grandeur
qui réside chez des êtres modestes qui ne sont pas des héros. Malgré la pauvreté
évidente, il n'y a là ni apitoiement, ni misérabilisme. Pas de déchéance, au
contraire, une énergie vitale, indéfectible qui pousse à aller vers le mieux, le meilleur.
Pas de rancoeur non plus malgré la souffrance. Une tranche de vie livrée telle que,
vécue par un être que l'on pourrait dire touché par la grâce.