La politique extérieure des Etats-Unis au XXe siècle : le poids des déterminants intérieurs

Dans une société toujours plus médiatisée, mais où la
politique étrangère n'a pas toujours suscité de la part du
public ou des médias l'intérêt qu'elle aurait mérité, les
écoles de pensée, think tanks , lobbies et autres groupes
d'intérêts ont souvent été à même d'exercer l'influence
que pouvaient leur assurer, dans les deux premiers cas,
leur prestige et leur autorité ou, dans les deux derniers,
leur vote, leur appui financier mais aussi les alliances
qu'ils ont très vite appris à nouer. À tel point, constate un
des auteurs de ce volume, que l'on peut concevoir les
États-Unis comme une "démocratie des intérêts spéciaux"
exposée au danger de voir émerger une "tyrannie
de la minorité". Il est vrai que, pour les Américains, la
notion d'intérêt national reste très différente de celle
qu'en ont les Français : loin de constituer une sorte de
réalité transcendante supérieure à la somme des intérêts
privés, elle s'identifie tout au contraire à la résultante fatalement
provisoire et fragile de ces derniers. Dès lors, il
n'est pas facile de comprendre les tenants et aboutissants
de l'élaboration de la politique étrangère américaine si
l'on ignore les différends entre isolationnistes, internationalistes
libéraux, néo-conservateurs et adeptes de la
Realpolitik , si l'on ne tient pas compte de l'activisme des
grands lobbies économiques ou si l'on fait abstraction du
poids des groupes représentatifs soit de certaines organisations
humanitaires ou idéologiques, soit des principales
communautés ethniques.