Bras cassés

«Une attaque à main armée se passe dans une sorte
de brouillard, enfin pour ce qui me concerne. Tout
autour tout semble comme ralenti et les bruits comme
atténués. Alors que, au contraire, en vous, c'est la
grande accélération, on entend son coeur battre, le
sang couler dans ses veines. Tous vos gestes semblent
plus rapides, plus condensés, on a chaud, les mains
transpirent dans les gants en caoutchouc. On sort de la
bagnole, on fait les premiers pas, la destinée semble
s'accélérer. À quelques mètres on ne voit que la porte
d'entrée. On aimerait trouver une raison pour ne pas y
aller. Le coeur se serre en repensant furtivement aux
derniers bras de femme qui nous ont aimé, notre esprit
se met en position de foetus. [...]
»Si un jour on me juge pour ce crime, tout un
cérémonial sera mis en place, des années d'instruction,
deux jours d'assises où je serai sans doute traité de
dangereux-criminel-professionnel. Quel est le cinéaste
abruti qui a pu faire croire à tous que braquer pouvait
être une profession ? Même les voyous ont fini par le
croire.»