Berceuse pour ma mère

Au fond d'un lit d'hôpital, Guadalupe Chávez, ancienne prostituée,
lutte contre la leucémie tandis que son fils, Julián Herbert, se lance à
son chevet dans un fiévreux projet d'écriture. Se replongeant dans son
passé de hijo de puta , du Michoacán de son enfance jusqu'à Berlin où il
est reconnu comme un écrivain talentueux, en passant par La Havane
où il connaît des déboires hallucinatoires, l'auteur nous fait découvrir
son pays, un Mexique miné par la corruption et la violence.
«Je ne me rappelle plus la dernière fois que je l'ai vue debout.
J'imagine que c'était sur le pas de sa porte. [Ma mère] nous accompagnait
toujours jusqu'à la sortie, non par courtoisie mais parce qu'elle était
bavarde : elle parlait, parlait sans fin, impossible de l'arrêter. Il fallait lui
dire au revoir au moins une demi-heure avant d'espérer pouvoir partir.
Elle se justifiait :
- C'est de ta faute, tu ne viens jamais me voir. J'ai plein de choses à te
raconter.
La vérité, c'est qu'elle répétait mille fois la même chose. Toute ma vie,
ç'a m'a horripilé qu'elle soit un tel moulin à paroles.
Quand le médecin est venu m'annoncer sa mort, je me suis évanoui en
comprenant que je n'entendrais plus jamais sa voix.»